Les derniers jours du siège d’Alesia : 22-27 septembre 52 av. J.-C.

Les derniers jours du siège d’Alesia : 22-27 septembre 52 av. J.-C. / Alain Deyber, David Romeuf ; préface de  Yann Le Bohec. Chamalières (Puy-de-Dôme) : Lemme EDIT, 2019.  1 vol. (213 p.-XVI pl.) : ill. en couleur, cartes ; 20 x 14 cm. ISBN 978-2-917575-85-7.  21 €.

Alain DEYBER est docteur d’état en histoire et civilisation de l’Antiquité de l’Université Paris IV-Sorbonne, spécialiste d’histoire militaire des origines à nos jours et archéologue des champs de bataille [sites d’Alesia et d’Orange]. *

Ancien officier, l’auteur a été rédacteur au Service Historique de la Défense et professeur d’histoire militaire aux Écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan.  Il a publié de nombreux articles [certains sont accessibles sur le site https://www.academia.edu]. Ses deux livres,  Les Gaulois en guerre. IIe-Ier siècles av. J.-C. (Actes Sud/Errance, 2009) et Vercingetorix, chef de guerre (Lemme Edit, 3e édition 2018.) sont considérés comme des ouvrages de référence.*

David ROMEUF est ingénieur de recherches à l’Université Lyon 1. Il a développé des instruments scientifiques pour différents observatoires et travaille sur la  mesure des courbes de rotation des astéroïdes. Il participe aussi à des fouilles archéologiques en Auvergne [Corent] et s’est spécialisé en archéoastronomie et dans les croyances antiques associées. *

La collaboration fructueuse de l’historien et de l’astronome a donné naissance au présent travail : Les derniers jours du siège d’Alesia : 22-27 septembre 52 av. J.-C. et pour l’anecdote, au baptême d’un nouvel astéroïde, numéroté 52 963 et prénommé Vercingetorix, voir l’épilogue signé David Romeuf.  

Le livre centré autour de cet épisode crucial de la guerre des Gaules (58-50 av. J.-C.)  s’ouvre sur une courte préface du professeur Yann LE BOHEC, spécialiste de l’armée et des guerres romaines. Le préfacier insiste sur l’originalité du propos d’Alain Deyber et de son co-auteur David Romeuf. Ceux-ci proposent une explication nouvelle à la défaite de l’armée de secours d’Alésia survenue fin septembre 52 av. J.-C. Une éclipse totale de lune, ayant eu lieu dans la nuit du 25 au 26 septembre 52 av. J.-C., pourrait avoir provoqué l’échec de l’offensive de l’armée de secours et la reddition de celle de Vercingetorix enfermée dans la forteresse d’Alesia, réputée inexpugnable.

Le livre est divisé en quatre chapitres, précédés d’une introduction signée par Alain Deyber, pp. 13-19.

Table des matières

Chapitre I. Faits historiques et sources par Alain Deyber, pp. 21-38.

Le chapitre débute par un rappel des événements de la fin décembre 53, à Rome et de janvier à août 52 av. J.-C. en Gaule, soit la révolte des Carnutes à Cenabum [Orléans], la coalition de la Gaule celtique sous le commandement de l’Arverne Vercingetorix, le siège et la chute d’Avaricum [Bourges], la bataille de Gergovia et l’arrivée de l’armée de Vercingetorix dans la citadelle des Mandubii – les Mandubiens- à Alesia (Côte-d’Or). Puis l’auteur résume la campagne d’Alesia jusqu’à l’arrivée de l’armée de secours. L’auteur combine texte, tableaux et notes pour dire l’essentiel.  Alesia est bien Alise-Sainte-Reine en Côte-d’Or : la polémique ridicule est close ! Vercingetorix utilise une nouvelle et dernière fois la stratégie dite « de l’enclume et du marteau » et Alesia est bien un « abcès de fixation » destiné à anéantir l’armée de César.

Chapitre II. La campagne militaire de l’armée de secours par Alain Deyber, pp. 39-63.

Cette partie traite du renvoi de la cavalerie de Vercingetorix avec pour mission de lever une grande armée de secours puis de l’arrivée de cette armée fin septembre à Alesia. Le conseil des chefs de la coalition peut-être déjà  installé à Bibracte (Mont Beuvray) a refusé la mobilisation générale exigée par le chef arverne.

Alain Deyber s’appuyant sur le texte de César, notre  principal témoin, étudie la composition de cette armée. Il remet en question les chiffres des effectifs fournis par le proconsul, considérant à la suite d’autres auteurs, que le total de 248 000 combattants (soit 240 000 fantassins et 8 000 cavaliers) n’a pu être réuni en quelques semaines et évalue l’armée de secours à 178 000 hommes. Par comparaison Vercingetorix commandait à environ 80 000 guerriers d’élite dans Alesia et César à une dizaine de légions amoindries (soit 50 000 à 60 000 légionnaires sans compter les auxiliaires et les valets).

Pour ma part, si l’argument de l’éloignement de certains peuples de la coalition qui ne leur aurait pas permis de rejoindre à temps Alesia est recevable, il n’en demeure pas moins que la présence de Commios, un des quatre chefs de l’armée de secours, implique celle des Atrébates, venus d’Artois. De même, l’absence de tel ou tel monnayage ne nous semble pas constituer une preuve absolue de la non présence des contingents émetteurs. L’absence supposée des contingents armoricains serait d’ailleurs en contradiction avec la fonction de chef militaire des Lémovices et des Armoricains, attribuée au général lémovice Sedullus.

Comme le rappelle Alain Deyber, historiens (et lecteurs) sont tributaires du récit césarien et les choses sont rarement simples. Nul doute que  les questions soulevées dans ce livre susciteront des réflexions et des recherches nouvelles répondant au souhait exprimé par l’auteur.

Parmi les points très positifs de l’exposé, il faut noter qu’à la suite d’historiens spécialistes de l’histoire militaire comme Victor Davis HANSON et Yann LE BOHEC, Alain Deyber s’intéresse à la condition de l’homme de troupe : nourriture, santé, équipement, entraînement et au « facteur moral », qui peuvent changer l’issue d’un conflit. Il apparaît que la situation des combattants de Vercingetorix et des Césariens était très critique en cette fin septembre, et qu’ils étaient au bord de la famine ; ceux de l’armée de secours étaient probablement moins mal lotis, peut-être grâce au rassemblement de la grande armée sur le territoire des Éduens, à proximité de Bibracte ?

Laissons à ce stade, le lecteur (virtuel) feuilleter le cahier illustré de 16 planches : cartes des lieux, vues aériennes du site de la bataille, schéma des défenses linéaires romaines (contrevallation orientée vers l’oppidum d’Alesia, circonvallation orientée vers l’armée de secours, camps et fortins), monnaies armes et schémas astronomiques.

Chapitre III. Pourquoi la défaite de l’armée de secours à Alesia par Alain Deyber, pp. 65-106.

Le chapitre propose une approche historiographique : comment on écrit l’histoire. Alain Deyber analyse les thèses développées depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours, depuis Henri d’Orléans, duc d’Aumale jusqu’à Yann Le Bohec en passant par Camille Jullian, Christian Goudineau, Michel Reddé, Jean-Louis Brunaux (les auteurs et leurs publications (trente deux titres !) sont recensés dans la bibliographie en fin de volume.

 L’auteur définit trois thèses dominantes. La thèse complotiste. Celle de la trahison des Éduens est réfutée avec des arguments convaincants. La thèse militaire. Le génie militaire de César n’est pas exceptionnel, il est surtout le fruit d’une longue tradition remontant aux Grecs, notamment la poliorcétique- l’art du siège. La thèse politico-militaire. Le changement de stratégie de Vercingetorix, passant, sous la pression des autres chefs de la coalition, d’une  stratégie indirecte, avec la « tactique de la terre brûlée » à un affrontement direct, frontal comme en témoignerait la bataille de cavalerie précédant le repli sur Alesia. La mise en évidence de la stratégie de « l’enclume et du marteau » répond à cette question.

L’auteur termine le chapitre en rappelant les « grands oubliés du débat : les « principes de la guerre et paramètres de la manœuvre », qui se subdivisent en une succession de notions stratégiques et tactiques : économie des forces, liberté d’action, surprise stratégique,  concentration des efforts, unité d’action et de commandement, forces morales, renseignement tactique, puissance de choc et mobilité. L’auteur considère  qu’aucune de ces conditions du succès n’a été vraiment réalisée.

Le lecteur retiendra surtout que l’épuisement de troupes venues de loin, amoindries par les combats menés de jour et de nuit, ayant précédé la dernière bataille, ont dû entamer leur moral. Au choix politique et périlleux d’un commandement collégial de l’armée de secours : quatre chefs, Commios l’Atrébate, Eporedorix et Viridomaros, deux chefs Éduens ralliés à Vercingetorix après Gergovie et enfin Vercasivellaunos, cousin du roi arverne, assistés d’un conseil de chefs, s’ajoute la décision probable de réorganiser les troupes des cités, avec peut-être, le remplacement de certains chefs par d’autres, ce qui allait à l’encontre d’habitudes séculaires.

Chapitre IV. Une preuve irréfutable qui change tout : l’apport de l’astronomie par Alain Deyber et David Romeuf, pp. 107-145.

Dans la nuit du 25 au 26 septembre 52 av. J.-C., une armée de 60 000 fantassins, des lanciers et des archers, commandée par l’Arverne Vercasivellaunos, secondé par le Lémovice Sedullus, quitte le bivouac de l’armée de secours, installé sur la montagne de Mussy, pour gagner lors d’une marche de nuit, le mont Réa situé au nord d’Alesia, en franchissant une rivière, la Brenne.

Ils s’installent à couvert et, après quelques heures de repos, se lancent à l’assaut, vers midi, du camp romain situé en contrebas, les lignes d’attaque se succèdent tout au long de la journée, parvenant presque à percer les retranchements romains.

Dans le même temps, le reste de l’armée de secours, infanterie et cavalerie, prend position en face de la circonvallation romaine, dans la plaine des Laumes, puis reste l’arme au pied, alors même que Vercingetorix lance ses troupes à l’assaut de la contrevallation, cherchant en vain à percer la ligne romaine, mais curieusement, sans se porter au nord pour soutenir l’attaque de Vercassivellaunos.

La suite est connue, des renforts romains lancent une contre-offensive : cohortes de Labienus d’abord, puis cavalerie auxiliaire germanique et enfin l’intervention de César en personne  brisent l’offensive de Vercasivellaunos, qui ordonne la retraite et se fait capturer. Son second Sedullus est tué au combat. Le reste de l’armée de secours a déjà regagné son bivouac, et quitte le site d’Alesia. Vercingetorix rappelle ses troupes dans Alesia. Et le lendemain, le 27 septembre 52 av. J.-C., à l’issue d’un conseil restreint, il est destitué et livré ainsi que ses chefs à César.

Pourquoi le gros de l’armée de secours n’est-il pas intervenu de toute la journée ainsi que d’une partie de la nuit ? Dans ce dernier chapitre écrit à quatre mains, Alain Deyber et David Romeuf proposent une explication convaincante.

Dans la nuit du 25 au 26 septembre52 av. J.-C., nuit de pleine lune, se produit après le départ du corps d’armée de Vercassivellaunos, une éclipse totale de lune vers 22h31 ! La lune entre dans le cône d’ombre de la terre provoquant une obscurité presque complète. Les phénomènes des éclipses étaient connus des Anciens, qui réagissaient différemment selon qu’ils appartenaient aux élites instruites ou au commun des mortels et des combattants.

Les auteurs analysent le retentissement qu’a pu avoir ce phénomène astronomique sur les troupes en présence. Ils supposent la présence dans l’armée de secours de membres de la classe sacerdotale, druides et devins, les uates, qui auraient eu connaissance de la venue de l’éclipse, l’astronomie étant de leur ressort. Selon eux, les druides ou devins auraient informé Vercasivellaunos  de l’imminence de l’éclipse, ce dernier l’aurait interprétée comme un présage favorable et l’aurait expliquée à ses troupes particulièrement motivées, parce que bien entraînées. César aurait fait de même auprès de ses officiers et de ses troupes.

A l’opposé, l’annonce et le déroulement de l’éclipse auraient semé le trouble dans le reste de l’armée de secours, le phénomène étant interprété comme un avertissement des dieux, interdisant le combat le « lendemain »** et cette perception aurait été partagée par les guerriers d’élite de Vercingetorix, épuisés et affamés. Ceux-ci n’auraient pas combattu avec la même vigueur que leurs cousins menés par Vercassivellaunos et Sedullus. La « thèse » de Deyber et Romeuf s’appuie sur des exemples connus de l’histoire ancienne et sur une réflexion portant sur les rapports ténus entre la religion et ce que nous nommons la superstition, ce concept étant déjà connu notamment par Cicéron.

Les principaux éléments de la conclusion ayant déjà été évoqués dans le compte-rendu, je vous souhaite une bonne lecture de cet ouvrage qui devrait faire date.

Jean-Paul BRETHENOUX

* texte extrait de la quatrième de couverture sauf [].

** les Gaulois comptent les jours d’après la nuit qui précède selon César.

Quelques liens :

Le site de l’éditeur : https://lemmeedit.comh

Le site de David Romeuf : http://www.david-romeuf.fr/

Le Cortège du Graal. Du mythe celtique au roman arthurien

Le Cortège du Graal. Du mythe celtique au roman arthurien / Valéry Raydon. Marseille : Terre de promesse, 2019. 406 p. (Au cœur des mythes ; 6).

Né en 1973, Valéry Raydon est docteur en histoire ancienne, chercheur indépendant et écrivain. Il est l’auteur de Le mythe de la Crau. Archéologie d’une pensée religieuse celtique, 2013,  Héritages indo-européens dans la Rome républicaine,  2014, Le chaudron du Dagda,  2015, publiés chez Terre de promesse. L’essai audacieux et très documenté que je vous présente aujourd’hui s’inscrit dans la continuité des trois ouvrages précédents.  Découpé en dix chapitres, le livre est pourvu d’un index, d’une bibliographie et de notes infrapaginales que l’on peut lire ou pas.

Valéry Raydon étudie dans ce livre l’histoire d’un jeune valet gallois, un peu niais, chassant avec son javelot dans la Gaste Forêt, qui va rencontrer trois chevaliers, quitter sa mère, et juché sur un cheval de chasse rejoindre la cour du roi Arthur, suivre un conseil perfide, tuer le Chevalier à l’armure vermeille, qui avait offensé Arthur et Guenièvre, revêtir la panoplie du chevalier, et enfourchant le destrier du vaincu, errer par monts et par vaux, jusqu’à arriver près d’un château mystérieux, celui du Roi Pêcheur, lequel l’invite à sa table.

Le jeune chevalier voit passer devant lui un étrange cortège : un valet tenant à deux mains une lance qui saigne, une jeune fille portant un récipient en matière précieuse, lumineux, un graal, et pour finir un troisième objet, un tailloir d’argent. Le jeune gallois ne pose aucune question à son hôte. Le lendemain, le château et son hôte, le Roi invalide, ont disparu. La Quête peut commencer…

Le lecteur aura reconnu dans ce bref résumé du roman, le Conte du graal, écrit vers 1180 par l’auteur champenois Chrétien de Troyes, la figure de Perceval, l’idiot promis à un destin exceptionnel. Celui-là  même qui, lorsque commence l’aventure ignore tout et jusqu’à son propre nom.

Pourtant son nom existe sous de nombreuses formes, à savoir respectivement, Perceval, Persavaus, Parzival et Peredur, selon la version française  de Chrétien de Troyes, occitane du troubadour saintongeais  Rigaud de Barbezieux, allemande du chevalier bavarois, Wolfram von Eschenbach, galloise de l’auteur anonyme de l’Historia Peredur ab Evrawc.

L’absence de nom et sa conséquence, celui qui n’a pas de nom n’existe pas, a une importance cruciale, à la fois dans l’immense corpus de la littérature arthurienne et dans la perspective des origines du héros lui-même.

Les romans et contes traitant d’Arthur, du cortège du graal, du Roi Pêcheur, du graal et de la quête de Perceval ont connu de multiples continuations, le récit en vers de Chrétien de Troyes étant resté inachevé. Ce « to be continued » a eu un franc succès, tant chez les auteurs médiévaux écrivant, dans des dizaines de langues que dans l’art médiéval, sur les préraphaélites, la musique d’Henry Purcell, l’opéra de Richard Wagner, la BD, le cinéma, jusqu’à la télévision avec la série-culte Kaamelott d’Alexandre Astier.

Aux premières versions, ont succédé des continuations de plus en plus christianisées, notamment au XIIIe siècle avec Robert de Boron. Pour faire simple, La lance sanglante du cortège est devenue la Sainte-Lance, et le graal, le Saint-Graal, à la fois, écuelle de la Cène et calice ayant recueilli le sang du Christ ; le tailloir, un plat servant à découper la viande, n’a pas intéressé grand monde.

Les savants se sont penchés pendant des siècles sur le mystère du graal, essayant de l’éclaircir. De multiples interprétations, des pistes divergentes ont surgi, résurgence en plein moyen Age d’un rituel ésotérique oriental, transposition de la liturgie de la messe byzantine ou adaptation des Métamorphoses d’Ovide.

Valéry Raydon aime suivre de multiples pistes et c’était pour lui l’occasion de réfuter les fausses, celles qui mènent dans une impasse, et d’en ouvrir patiemment de nouvelles.  Raydon le Provençal s’est souvenu que Perceval était gallois et que lorsqu’on parle de littérature arthurienne, on évoque la Matière de Bretagne, cette Grande Bretagne si proche de l’Irlande.

Il est donc reparti sur une vieille piste, broussailleuse, souvent raillée, celle qui rattachait l’histoire de Perceval aux récits de transcription médiévale des littératures celtiques insulaires, galloises et irlandaises. Usant de la méthode dite du « comparatisme structural dumézilien », il a réussi à établir de manière convaincante que le cortège du graal, les trois objets sacrés, la lance qui saigne, le graal et le tailloir forment non seulement un ensemble structuré, mais renvoient aux « insignes de la souveraineté celtique ».  

Des objets sacrés très proches des récits arthuriens existent dans les littératures celtiques, notamment les quatre talismans des Tuatha Dé Danann, la Pierre de Fâl, commune aux dieux irlandais, le Chaudron du Dagda, l’Épée de Nuada et la Lance de Lug. C’est sur cette lance terrible que Valéry Raydon a concentré ses efforts. Une lance flamboyante, brûlante, capable de contrôler le cosmos et de le détruire. Cette lance a des correspondances dans les récits arthuriens et dans les contes gallois mis par écrit au Moyen Age et racontés jusque sur le continent par des récitateurs gallois, comme le fameux Bleheris, pratiquant le latin et le dialecte anglo-normand, le français des Plantagenêt.

 Un objet sur trois peut emporter l’adhésion ou pas. Le deuxième objet qui donne son nom au récit est le graal, lequel a fait couler beaucoup d’encre. Une de ses caractéristiques, en dehors de son aspect de luminaire, est qu’il procure, à chacun et selon son rang, de la nourriture à foison, Chrétien a un peu escamoté ce rôle. Les continuateurs l’ont développé et c’est ainsi que Valéry Raydon a repris les recherches sur les connexions entre le graal et les chaudrons, coupes, vases et récipients merveilleux des mythes, légendes et contes celtiques. Le résultat est là aussi très convaincant.  Quant au troisième objet le tailloir délaissé, c’est avec l’histoire galloise de Peredur que le lien s’établit.

La correspondance d’objets aussi fascinants soient-ils ne suffirait pas à valider le discours de Valéry Raydon. Cela doit aussi fonctionner avec les personnages. Perceval et le Roi Pêcheur ont-ils  un lien avec le dieu irlandais Lug ? Ce dieu panceltique nommé Lug en Irlande, Lugus en Gaule et en Espagne et Lleu Llaw Gyffes au Pays de Galles. L’enfant, maudit par sa mère qui l’a condamné à ne pas avoir de nom, d’armes et d’épouse, les obtient dans le récit gallois. Blessé mortellement par une lance « magique », changé en aigle, il recouvrera son apparence et pourra accomplir sa vengeance en tuant son rival avec la même lance « fatale ». 

La connexion que l’auteur établit entre la figure unique du Lug gallois et celle de deux figures distinctes, celle de Perceval-Peredur et celle du Roi Pêcheur-Méhaigné, peut surprendre et ne pas emporter l’adhésion. L’interprétation par la théorie  du dédoublement de la figure du dieu Lug pourrait sembler artificielle et  semer le doute. Ce serait oublier que, d’une part les dédoublements de personnages sont assez fréquents lors du passage du mythe à l’épopée, et que d’autre part, chez les continuateurs de Chrétien, la guérison du Roi Pêcheur entraîne la restauration de la souveraineté, laquelle se  transmet au héros.

L’auteur démontre que c’est bien Chrétien de Troyes qui a créé le dédoublement, et de fil en aiguille, postule que Chrétien de Troyes et Wolfram von Eschenbach se sont abreuvés à une source unique, aujourd’hui perdue, un roman gallois en prose racontant les Enfances de Lleu Llaw Gyffes.

Jean-Paul BRETHENOUX

Le mythe de la Crau. Archéologie d’une pensée religieuse celtique

Le mythe de la Crau. Archéologie d’une pensée religieuse celtique / Valéry Raydon ; préface de Marco V. García Quintela. Marseille : Terre de promesse, 2013. 183 p. (Au cœur des mythes ; 1).

Né en 1973, Valéry Raydon est docteur en histoire ancienne, chercheur indépendant et écrivain. Il est l’auteur de Héritages indo-européens dans la Rome républicaine, paru en 2014, Le chaudron du Dagda, en 2015 et de Le Cortège du Graal, Du mythe celtique au roman arthurien, sorti en 2019, tous chez Terre de promesse.

Ce petit livre, découpé en huit chapitres courts, s’ouvre sur la préface du professeur Marco V. García Quintela, auteur de l’excellent, Dumézil. Une introduction, paru aux Éditions Armeline, 2000. M. García Quintela définit la démarche de Valéry Raydon comme relevant d’une «application de la méthode comparative dumézilienne». Le domaine d’application est explicité par le titre de l’avant-propos, Comment (bien) appréhender la religion gauloise ?

Un mythe « grec », rapporté par Strabon, s’appuyant lui-même sur un passage du Prométhée délivré du poète dramaturge Eschyle, évoquait une aventure d’Héraklès dans la plaine de la Crau. Partant de ce « sujet mineur », en apparence, V. Raydon confirme, s’il en était besoin, l’existence d’une religion gauloise/celtique conforme à un héritage indo-européen commun, structurée, possédant un corpus de mythes et un panthéon organisé.

César en a fourni la liste, en attribuant des noms romains à six grandes divinités gauloises, partageant les fonctions et le domaine d’activité de « Mercure, Apollon, Mars, Jupiter, Minerve et Dis Pater ». Ce panthéon trouve des correspondances dans l’Irlande préchrétienne et au Pays de Galles.

Revenons à nos moutons, ou plutôt aux bœufs de Géryon, Héraclès se rendant en Espagne, ou s’en retournant, traverse la Provence et se heurte violemment aux Ligures. Ayant épuisé ses flèches, le héros implore l’aide de son père Zeus, lequel fait pleuvoir une pluie de pierres sur la plaine, qui en était dépourvue. Héraklès utilise les pierres tombées du ciel pour vaincre les Ligures.

Au fil des chapitres, le lecteur, d’abord curieux, parfois sceptique, puis, de plus en plus convaincu par la démonstration argumentée de l’auteur découvre :

  1. Le mythe de la Crau chez les auteurs anciens, 2. Un mythe aux consonances celtiques, 3. Réminiscence du mythe de l’écroulement du ciel dans deux écrits hagiographiques de la Gaule chrétienne, 4. L’Héraklès de la Crau et l’Ogmios gaulois.

Là, tel Héraclès fatigué après son terrible combat contre les Ligures, le lecteur fait une pause et récapitule.

Le mythe grec aux nombreuses variantes est un mythe gaulois et celtique, la thématique de la pluie de pierres tombée du ciel rejoint la croyance celtique des Celtes redoutant que le Ciel (et le monde avec) ne s’effondre*, le témoignage de Lucien de Samosate sur l’assimilation d’Héraklès à Ogmios. Lequel a pour homologue le dieu irlandais Ogme/Ogma, champion des dieux, lanceur de pierres, dieu-lieur, maître de la magie et de l’éloquence.

Ogmios de Dürer
L’Ogmios de Dürer

À peine reposé, le lecteur est projeté pendant la guerre des Gaules, et observe, saisi d’effroi, les Gaulois et les Belges, déverser une pluie de pierres, de balles de fronde en pierre, en argile rougie au feu et lancer des javelots enflammés, sur les légions et les forteresses des alliés de César, 5. Mythologie lugienne et rituel poliorcétique en Gaule. Un autre dieu panceltique attesté en Gaule, en Espagne, en Irlande et au Pays de Galles vient de s’associer à Ogmios, il s’agit de Lugus, Lug, Lugh, LLew, maître des lances et des javelots et aussi de l’orage, ce qui pourrait permettre  l’identification avec Taranis, « le Tonnant », le Jupiter gaulois de la liste de César.

Enfin, Valéry Raydon rappelle qu’Héraklès/Ogmios était considéré par les Anciens comme le fondateur d’Alésia et le père de la « nation » celtique. 6. Ogmios et les autres exploits d’Héraklès en Gaule. 7. L’ethnotype gaulois et le modèle ogmien. 8. Héraklès-Ogmios, le Dis Pater gaulois ? On notera le point d’interrogation dans le titre du chapitre.

Nul doute que les propositions aussi novatrices que surprenantes de Valéry Raydon finiront par emporter l’adhésion du lecteur. LugTaranis, OgmiosDis Pater, même combat ?

Jean-Paul BRETHENOUX.

  • « … Alexandre reçut une députation des Celtes de l’Adriatique chargée de conclure avec lui un pacte d’alliance et d’amitié. Il fit à ces Barbares le plus cordial accueil, et, dans la chaleur du festin, se prit à leur demander ce qu’ils redoutaient le plus au monde, croyant bien qu’ils allaient prononcer son nom ; mais leur réponse fut qu’ils ne redoutaient rien que de voir le ciel tomber sur eux que, du reste, ils attachaient le plus haut prix à l’amitié d’un homme tel que lui. » Strabon. VII. 3.

http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/livre73.htm

 

 

 

Cuchulainn. Tome 1, Trois corneilles

Cuchulainn1

Cuchulainn. Tome 1, Trois corneilles. D‘après La courtise d’Emer / Ronan Seure-Le Bihan. Les Éditions du Nemeton 2018. 80 p.

Ronan Seure-Le Bihan est un jeune auteur de BD, qui a assuré l’ensemble de la conception et de la réalisation (scénario, textes, dessins et couleurs), de cet album sorti en juin 2018, suite à une levée de fonds. Il fallait de l’audace pour oser adapter en BD, l’histoire de Cuchulainn, le grand héros d’Eriu, l’Irlande païenne, protagoniste de La razzia des vaches de Cooley et d’autres récits comme Les enfances de Cuchulainn, La courtise d’Emer, La mort de Cuchulainn.

Fils de Sualtam et du grand dieu Lug, (pour ne rien dire de son oncle Conchobar, roi des Ulates), l’enfant prodige Setanta, âgé de 7 ans, tue un horrible molosse, le chien du forgeron Culann, gagnant ainsi son deuxième nom, Cuchulainn, le chien de Culann.

Devenu un jeune homme, il courtise la belle Emer ; son futur beau-père l’envoie en Alba, l’Écosse, pour suivre une formation dans tous les arts, ce qui inclut la guerre et la magie, en espérant qu’il y laissera sa peau.

Ses formateurs seront des formatrices, Scatach et Uatach, la mère et la fille, qui vont se charger de l’éducation guerrière, magique et sexuelle du héros, chacune lui prodiguant l’amitié de ses cuisses !

Cuchulainn va vivre des aventures violentes, rencontrer le héros Ferdiad, à la peau de corne, et la belle Aife, la troisième guerrière.

Si l’on veut situer Cuchulainn au sein des littératures celtiques et indo-européennes, il est l’équivalent d’Achille chez les Grecs, du héros Batraz chez les Ossètes du Caucase, ou plus près de nous dans l’espace et dans le temps, de Sigurd  / Siegfried ou de Roland, neveu de Charlemagne.

La gageure relevée par Ronan Seure-Le Bihan est d’avoir réalisé un album, qui s’adresse autant à l’amateur de BD qu’au connaisseur de l’épopée et de la mythologie irlandaise. On ressent une forte influence des comics au niveau du trait et des cadrages, ici peu de ligne claire, du genre Tintin chez les Ulates.

Lors de la publication de quelques planches sur Facebook, des voix, une en fait, s’est élevée pour dénoncer “la laideur et la vulgarité » du graphisme, allant jusqu’à contester la possibilité d’adapter un récit épique ou mythologique en BD. Si les aventures de Cuchulainn étaient un récit sacré pour les Irlandais païens et même chrétiens, un auteur moderne a parfaitement le droit moral de l’adapter pour le faire connaître, dès l’instant où il ne dénature pas le mythe. Les couleurs sont vives, parfois criardes, elles tournent aussi à la douceur pastel. Les scènes violentes sont nombreuses, mais conformes à l’atmosphère de l’épopée irlandaise.

Ronan Seure-Le Bihan a su utiliser les sources médiévales et la documentation archéologique pour recréer un univers visuel cohérent, comme en témoignent les chars de guerre tirés par deux chevaux, les panoplies issues des deux âges du Fer celtiques, et les costumes et coiffures des personnages qui sont très réussis.

Le récit mêle scènes d’action et passages oniriques, où interviennent les dieux celtes, Lug, Dagda, Ogme et les déesses Morrigan, Bodh, Macha, les Trois Corneilles du titre de la BD.

Le lecteur découvrira aussi avec plaisir les auxiliaires du héros, Dolb et Indolb, deux habitants du Sid, l’Autre-Monde irlandais, présents dans La razzia des vaches de Cooley.

Embarquez avec Cuchulainn ! Cap sur Alba !

Jean-Paul BRETHENOUX

Le point de vue de Valéry Raydon :

https://abp.bzh/la-plus-grande-epopee-celtique-mise-en-bd-par-un-dessinateur-breton-45283?fbclid=IwAR3tZrhuYoC9WC5rsJQlknvdRdWSemyEsBHc07lxZ7bDtGbXaAyDY1uy6Nc

Pour acquérir l’album?: http://www.keltia-magazine.com/produit/cuchulainn-tome-1-les-3-corneilles-de-ronan-seure-le-bihan/

La Razzia des vaches de Cooley / traduit de l’irlandais ancien, présenté et annoté par Christian-J. Guyonvarc’h. Gallimard, 1994. (L’aube des peuples).

La Rafle des vaches de Cooley : récit celtique irlandais / traduit du moyen irlandais, présenté et annoté par Alain Deniel. L’Harmattan, 1997.

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L’empire romain… par le menu

L’empire romain… par le menu / Dimitri Tilloi-D’Ambrosi ; [préface de Yann Le Bohec]. Arkhé, 2017. 186 p. (Homo Historicus). ISBN 978 29 18682 36 3.

Agrégé d’histoire, Dimitri Tilloi-D’ambrosi enseigne à l’Université Lyon III.

Voici ce qu’écrit Yann Le Bohec dans sa préface : « Le livre qu’à écrit ce jeune auteur conjugue avec bonheur une écriture coulante et une érudition sans failles. C’est du sérieux agréable à lire. Son style est plaisant et ses références pertinentes ; il utilise avec bonheur des sources fort variées et une bibliographie resserrée. »

Passé l’avant propos et une courte introduction, « Dis-moi ce que tu manges », le livre s’articule en trois parties, découpées en courts chapitres.

Préparer. « Faire son marché à Rome ». « Les aliments, des marqueurs socioculturels. » « Art de la cuisine et bouillie populaire. »

Manger. « Inviter et être invité, l’hospitalité romaine. » « Au cœur du triclinium. » « Au-delà du mythe orgiaque. »

Digérer. « Manger pour se soigner ». « La diététique en pratique. » « Latrines, égouts et squelettes. »

Des marchés d’Ostie, le port de Rome, et de la capitale, aux latrines et aux égouts, la boucle est bouclée, avec une courte conclusion qui explicite le propos de Dimitri Tilloi-D’Ambrosi, synthétisant une approche à la fois historique et anthropologique : « Si percer les mentalités de sociétés éloignées dans le temps n’est jamais une tâche aisée, l’alimentation constitue une fenêtre ouverte sur les temps anciens. »

Pour nous faire connaître l’alimentation des Romains, celles des pauvres à base de céréales et d’huile d’olive, et celle des riches, qui se préoccupe peu du circuit court, l’auteur utilise toutes les données disponibles actuellement.

Dimitri Tilloi-D’Ambrosi explore méthodiquement les sources anciennes, les études historiques, archéologiques, anthropologiques, en gardant un œil sur l’historiographie, sur l’art antique,  les fresques et les mosaïques, mais aussi sur la littérature et le cinéma, avec le genre du péplum, qui en popularisant le banquet romain et ses dérives, l’orgie mêlant excès de nourriture, de vin et de sexe, a fourni une vision assez déformée de la réalité. Le lecteur pourra découvrir en fin de volume quelques recettes du grand cuisinier Apicius.

 

Jean-Paul BRETHENOUX

Aquitania. Isabelle Dethan

AquitaniaIDethan

Aquitania / Isabelle Dethan. Angoulême : Eidola, 2016. 10 €.

Cet album tout public de petit-format est conçu en deux parties : un récit alternant texte illustré et BD, suivi d’un cahier documentaire illustré.

L’histoire commence chez les Santons, peuple gaulois en cours de romanisation. Deux enfants vivent à Mediolanum Santonum, Saintes, sur les berges de la Carantano, le fleuve Charente.

Le jeune Marcus, fils du marchand gaulois Dunomagio et la petite esclave germaine qui porte le nom gaulois d’Attisaga, vont mener une enquête et affronter de grands dangers.

Isabelle Dethan nous propose un récit d’une grande fraîcheur : texte efficace, drôle et poétique, dessins agréables, marqués par la finesse du trait, l’élégance des couleurs. La narration d’apparence naïve, le monde vu à travers les yeux des enfants, est nuancée par la précision des détails de la vie quotidienne : les bateliers gaulois du fleuve Charente, le commerce du vin, l’architecture romaine monumentale, la cuisine et les vêtements gallo-romains.

Jean-Paul Brethenoux

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Spartacus de Yann Le Bohec

SpartacusSpartacus, chef de guerre / Yann Le Bohec. Tallandier, 2016 (L’Art de la guerre)

Répondant « à la seule question qui justifie le métier d’historien : qui a fait quoi, où et quand ? », Yann Le Bohec publie une courte biographie de Spartacus, aussi documentée qu’agréable à lire. Né en Thrace (l’actuelle Bulgarie) vers 93 avant notre ère, Spartacus est capturé lors d’une razzia. N’ayant pu faire valoir son statut d’homme libre devant un tribunal à Rome, il est vendu à une école de gladiateurs à Capoue, en Campanie.

Durant l’été 73, Spartacus prend la tête d’une révolte servile, qui devient une insurrection. Il se révèle un redoutable chef de guerre, capable d’organiser des bandes d’esclaves issus de différents peuples : Thraces, Gaulois et Germains…, en une armée structurée à la romaine : infanterie lourde avec enseignes et cors, troupes légères et cavalerie.

Comme leurs adversaires romains, les insurgés commettent toutes les atrocités liées à la guerre. Ceux qui ont pillé et ravagé l’Italie, anéanti cinq légions (soit 25 000 hommes) et fait trembler Rome et son Sénat, sont vaincus en 71 avant notre ère. Spartacus meurt les armes à la main. Six mille prisonniers sont crucifiés sur la voie Appienne, entre Rome et Capoue, sur l’ordre de Crassus.

Loin du héros proto-communiste du roman d’Howard Fast, incarné par Kirk Douglas dans le film de Stanley Kubrick, Yann Le Bohec, se tenant au plus près des sources, restitue la figure ambiguë d’un Spartacus, chef de guerre. Le célèbre gladiateur n’aurait pas voulu abolir l’esclavage, mais aurait lutté âprement pour sa propre liberté et son retour en Thrace.

Jean-Paul Brethenoux

Batman. Killing Joke

Batman. Killing Joke / scénario Alan Moore , dessin et couleur Brian Bolland.
Urban comics, 2014 (DC deluxe).

Le pire ennemi de Batman, le Joker s’est évadé de l’asile d’Arkham. C’est sur Barbara, fille du commissaire Gordon qu’il va exercer sa violence. Batman se lance à la poursuite du criminel dément. L’histoire originelle est parue en 1988, sur un scénario d’Alan Moore, créateur de Watchmen, et dessinée par Brian Bolland, avec des couleurs de John Higgins.

Dans cette nouvelle version, Bolland a repris les couleurs, en numérique, jouant d’une alternance entre un présent en couleurs et des flash-back en niveaux de gris ponctués de rouge. Le passé du Joker est révélé, un type ordinaire qui a eu une mauvaise journée…

Alan Moore crée une histoire haletante, violente et mystérieuse traitant des vieux thèmes de la folie, de la vengeance et peut-être de la rédemption.
Jean-Paul Brethenoux