Le mythe de la Crau. Archéologie d’une pensée religieuse celtique

Le mythe de la Crau. Archéologie d’une pensée religieuse celtique / Valéry Raydon ; préface de Marco V. García Quintela. Marseille : Terre de promesse, 2013. 183 p. (Au cœur des mythes ; 1).

Né en 1973, Valéry Raydon est docteur en histoire ancienne, chercheur indépendant et écrivain. Il est l’auteur de Héritages indo-européens dans la Rome républicaine, paru en 2014, Le chaudron du Dagda, en 2015 et de Le Cortège du Graal, Du mythe celtique au roman arthurien, sorti en 2019, tous chez Terre de promesse.

Ce petit livre, découpé en huit chapitres courts, s’ouvre sur la préface du professeur Marco V. García Quintela, auteur de l’excellent, Dumézil. Une introduction, paru aux Éditions Armeline, 2000. M. García Quintela définit la démarche de Valéry Raydon comme relevant d’une «application de la méthode comparative dumézilienne». Le domaine d’application est explicité par le titre de l’avant-propos, Comment (bien) appréhender la religion gauloise ?

Un mythe « grec », rapporté par Strabon, s’appuyant lui-même sur un passage du Prométhée délivré du poète dramaturge Eschyle, évoquait une aventure d’Héraklès dans la plaine de la Crau. Partant de ce « sujet mineur », en apparence, V. Raydon confirme, s’il en était besoin, l’existence d’une religion gauloise/celtique conforme à un héritage indo-européen commun, structurée, possédant un corpus de mythes et un panthéon organisé.

César en a fourni la liste, en attribuant des noms romains à six grandes divinités gauloises, partageant les fonctions et le domaine d’activité de « Mercure, Apollon, Mars, Jupiter, Minerve et Dis Pater ». Ce panthéon trouve des correspondances dans l’Irlande préchrétienne et au Pays de Galles.

Revenons à nos moutons, ou plutôt aux bœufs de Géryon, Héraclès se rendant en Espagne, ou s’en retournant, traverse la Provence et se heurte violemment aux Ligures. Ayant épuisé ses flèches, le héros implore l’aide de son père Zeus, lequel fait pleuvoir une pluie de pierres sur la plaine, qui en était dépourvue. Héraklès utilise les pierres tombées du ciel pour vaincre les Ligures.

Au fil des chapitres, le lecteur, d’abord curieux, parfois sceptique, puis, de plus en plus convaincu par la démonstration argumentée de l’auteur découvre :

  1. Le mythe de la Crau chez les auteurs anciens, 2. Un mythe aux consonances celtiques, 3. Réminiscence du mythe de l’écroulement du ciel dans deux écrits hagiographiques de la Gaule chrétienne, 4. L’Héraklès de la Crau et l’Ogmios gaulois.

Là, tel Héraclès fatigué après son terrible combat contre les Ligures, le lecteur fait une pause et récapitule.

Le mythe grec aux nombreuses variantes est un mythe gaulois et celtique, la thématique de la pluie de pierres tombée du ciel rejoint la croyance celtique des Celtes redoutant que le Ciel (et le monde avec) ne s’effondre*, le témoignage de Lucien de Samosate sur l’assimilation d’Héraklès à Ogmios. Lequel a pour homologue le dieu irlandais Ogme/Ogma, champion des dieux, lanceur de pierres, dieu-lieur, maître de la magie et de l’éloquence.

Ogmios de Dürer

L’Ogmios de Dürer

À peine reposé, le lecteur est projeté pendant la guerre des Gaules, et observe, saisi d’effroi, les Gaulois et les Belges, déverser une pluie de pierres, de balles de fronde en pierre, en argile rougie au feu et lancer des javelots enflammés, sur les légions et les forteresses des alliés de César, 5. Mythologie lugienne et rituel poliorcétique en Gaule. Un autre dieu panceltique attesté en Gaule, en Espagne, en Irlande et au Pays de Galles vient de s’associer à Ogmios, il s’agit de Lugus, Lug, Lugh, LLew, maître des lances et des javelots et aussi de l’orage, ce qui pourrait permettre  l’identification avec Taranis, « le Tonnant », le Jupiter gaulois de la liste de César.

Enfin, Valéry Raydon rappelle qu’Héraklès/Ogmios était considéré par les Anciens comme le fondateur d’Alésia et le père de la « nation » celtique. 6. Ogmios et les autres exploits d’Héraklès en Gaule. 7. L’ethnotype gaulois et le modèle ogmien. 8. Héraklès-Ogmios, le Dis Pater gaulois ? On notera le point d’interrogation dans le titre du chapitre.

Nul doute que les propositions aussi novatrices que surprenantes de Valéry Raydon finiront par emporter l’adhésion du lecteur. LugTaranis, OgmiosDis Pater, même combat ?

Jean-Paul BRETHENOUX.

  • « … Alexandre reçut une députation des Celtes de l’Adriatique chargée de conclure avec lui un pacte d’alliance et d’amitié. Il fit à ces Barbares le plus cordial accueil, et, dans la chaleur du festin, se prit à leur demander ce qu’ils redoutaient le plus au monde, croyant bien qu’ils allaient prononcer son nom ; mais leur réponse fut qu’ils ne redoutaient rien que de voir le ciel tomber sur eux que, du reste, ils attachaient le plus haut prix à l’amitié d’un homme tel que lui. » Strabon. VII. 3.

http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/livre73.htm

 

 

 

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